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Le boom de l’automobile de collection

Après la crise des subprimes de 2008, le marché de la voiture de collection est devenu une nouvelle valeur refuge, attirant de nombreux néophytes, souvent bien plus intéressés par les perspectives de bénéfices que par la beauté des lignes ou la noblesse des mécaniques. Alors que la plupart des prix ont explosé en une décennie, l’automobile de collection reste-t-elle un bon placement ?

Sur la voie de la sagesse ?

Après une folle décennie où la valeur des voitures de collection a, en moyenne, triplé, ce marché serait-il sur la voie de la sagesse ? Certains indices le laissent penser. Dans de nombreuses ventes aux enchères, le taux de modèles non adjugés augmente et ceux qui partent ne s’éloignent plus que rarement de l’estimation annoncée.

En parallèle, en août dernier, le record absolu d’adjudication pour une voiture a été dépassé par une Ferrari 250 GTO à 48,4 millions de dollars (environ 42,3 millions d’euros). Des rumeurs évoquent même, pour un autre des 36 exemplaires de cette sportive des années 1960, 70 millions de dollars (environ 61,1 millions d’euros) lors d’une transaction privée. En octobre dernier, c’est RM Sotheby’s qui a, avec sa première vente exclusivement réservée aux Porsche, vu les records s’aligner. Ainsi, 92 % des voitures mises en vente ont trouvé preneur et de nombreux lots ont été enlevés à plus du double de leur estimation. Des chiffres qui font rêver mais qui sont bien loin de la réalité de la majorité des cas. En effet, dans l’Hexagone, 90 % des voitures de collection vaudraient moins de 25 000 €.

Des stars qui font rêver

Régulièrement, les grands événements liés à l’automobile de collection sont l’occasion de ventes aux enchères où les sommes échangées se comptent en millions d’euros. Ce fut le cas, en décembre dernier, lors de la vente du Petersen Automotive Museum de Los Angeles, organisée par RM Sotheby’s, qui a rapporté plus de 34 millions d’euros pour 54 véhicules vendus (sur 68 présentés). Il est vrai que la Ferrari 290 MM de 1956 (pilotée à l’époque par Fangio) a fait le plus gros de ce chiffre avec plus de 19 millions d’euros. En 2015, un modèle semblable, lui aussi passé entre les mains de Fangio, avait toutefois dépassé les 25 millions d’euros. À des échelles plus raisonnables, plusieurs modèles ont largement dépassé les estimations. C’est le cas de la Jaguar Type E 1966 (vendue 114 000 €, et estimée entre 78 000 et 95 000 €) ou d’une Mercedes 600 Pullman de 1969, vendue 290 000 € (estimée 173 000 à 217 000 €). À noter qu’au début de la décennie, ce dernier modèle s’échangeait à moins de 100 000 €.

Cet aspect du marché, qui attire la plupart des regards, ne représente qu’une infime partie des voitures de collection vendues chaque année. Mais les modèles qui le composent se distinguent tous par leur rareté, leur mécanique d’exception, leur palmarès sportif et/ou le rôle qu’ils ont pu jouer dans l’histoire. Souvent destinées à rester dans un douillet garage, ces autos d’exception dont les valeurs moyennes ont plus que triplé depuis 2008, voient ces dernières se tasser depuis un peu plus d’un an. Un ralentissement engagé depuis 2014 selon le Top Index de l’HAGI. L’écroulement des valeurs, tel qu’il s’était produit en 1990, ne semble donc pas à l’ordre du jour. En revanche la fin des hausses exagérées pourrait bien amener certains investisseurs à se détourner du secteur et continuer à faire baisser le marché mondial des autos de collection vendues aux enchères.

Accalmie sur le front des populaires

Dans la foulée de la folie tarifaire qui s’est emparée des voitures prestigieuses, des modèles populaires qui rimaient par le passé avec « abordables » ont vu leurs valeurs s’envoler. L’une des démonstrations les plus remarquables de ce mouvement est la Citroën 2CV.

Les versions d’exception s’échangent à des tarifs dignes de sportives prestigieuses : l’an dernier, un modèle Type A de 1949 est parti à 75 600 €. En 2016, c’est une Sahara qui remportait le prix honorifique de la 2CV la plus chère de l’histoire, avec 172 840 €. Même les déclinaisons les plus courantes, telles que la Charleston, ont été prises par cette fièvre. Entre 2010 et 2018, cette dernière a vu sa cote, pour un modèle en bon état, passer de 5 000 € à 13 000 €. Et les exemples ne manquent pas. Sur la même période, une Renault 8 (hors Gordini) est passée de 3 800 € à 5 800 €, une Peugeot 304 berline de 2 000 € à 4 500 €, une Fiat 124 Coupé de 3 900 € à 10 500 €… Là aussi, le mouvement est désormais arrêté, certaines réunions d’enchères affichant des taux d’invendus assez importants (30 à 50 %). Le signe que les acheteurs ne sont plus prêts à cautionner n’importe quelle envolée.

Les youngtimers, nouvel eldorado ?

Venu d’Allemagne, le phénomène des youngtimers a pris beaucoup d’ampleur dans l’Hexagone. Il concerne les modèles âgés de 15 à 30 ans, qui ne sont pas considérés légalement, et par nombre de collectionneurs eux-mêmes, comme des voitures de collection.

Ces voitures ont amené des automobilistes plus jeunes à la collection, notamment des quarantenaires qui voyaient, enfin, l’occasion de s’offrir les modèles qui les faisaient rêver dans leur enfance. Une part non négligeable des moins de 30 ans cède aussi souvent à cette passion. Pour eux, c’est l’occasion d’acquérir, pour une somme raisonnable, des voitures qui ont davantage d’âme que les occasions traditionnelles. Mais là encore, la hausse de la demande est allée de pair avec celle des prix. L’exemple des GTI est particulièrement frappant. Sur les huit dernières années, la valeur d’échange moyenne des Golf I 1 600 est passée de 3 900 € à 8 500 €, celle des Renault Super 5 GT Turbo de 3 800 € à 8 000 €. Quant à la star française de la catégorie, la 205 GTI, elle changeait de main, en 2010, pour 4 500 € en moyenne. Aujourd’hui, il faut compter 7 900 € pour une 1.6, 9 500 € pour une 1.9 et 11 400 € pour la série spéciale Griffe, reconnaissable à sa teinte spécifique Vert Fluorite et ses jantes Gris Fusil.

Comment acheter sa première ancienne ?

Concrétiser son rêve ne doit pas faire oublier qu’une voiture de collection ne s’achète pas aussi simplement qu’une occasion ordinaire. Des défauts non détectés à l’achat sont rapidement susceptibles d’entraîner des factures conséquentes, qui peuvent largement dépasser la valeur de l’auto. Et si vous envisagez de mettre les mains sous la capot, choisissez un modèle dont la complexité ne dépasse pas vos compétences mécaniques.

Avant de fixer votre choix, prenez le temps de vous informer sur les véhicules qui vous intéressent. Pour cela, les clubs de propriétaires sont une véritable mine d’or. N’hésitez pas à les solliciter, notamment lors des grands événements du genre, où la plupart d’entre eux sont présents. Ils peuvent également se montrer d’une grande aide en phase finale d’achat, en vous conseillant un exemplaire plutôt qu’un autre.

Croissance du marché aidant, on trouve désormais de véritables ‘concessionnaires’ de la voiture de collection. Ils disposent d’un stock de véhicules parés à prendre la route, la plupart du temps dans un état irréprochable et éventuellement gratifiés d’une garantie. Des prestations de qualité qui se paient, mais qui s’avèrent également très sécurisantes pour le néophyte. En parallèle, la plupart d’entre eux proposent aussi la recherche d’un véhicule particulier à la demande d’un client.

Les ventes aux enchères sont plutôt à réserver à un public averti. D’une part, parce que les recours en cas de problème sont quasi inexistants, et d’autre part parce qu’il est facile de se laisser emporter par la fièvre acheteuse et de dépenser, pour une auto, plus que le prix raisonnable.

De même, l’achat direct auprès d’un particulier nécessite de bonnes connaissances afin de pouvoir détecter les éventuels problèmes, mécaniques ou structurels (rouille, caisse déformée…). Avant de repartir avec l’auto, faites-vous confirmer par écrit la réponse à toutes vos questions afin de pouvoir monter un dossier solide en cas de vices cachés.

L’accès aux pièces détachées reste souvent un problème majeur pour maintenir un véhicule de collection en état irréprochable. Initié par les marques allemandes (Audi, BMW, Mercedes, Porsche et Volkswagen, qui les commercialisent via des sites internet dédiés, voire par le biais de leur réseau), le marché de la pièce détachée pour voiture de collection commence à dépasser les frontières de notre voisin. En France, l’Aventure Peugeot Citroën DS met désormais à disposition des pièces issues des stocks historiques de deux des quatres marques du groupe PSA sous les labels ‘Aventure Peugeot Classic’ et ‘Citroën Héritage Classic’. Quelques constructeurs, tels que Mercedes, vont même plus loin. Au travers de ses Classic Center, la firme à l’étoile propose de restaurer n’importe quel modèle dans n’importe quel état en ayant recours aux documents de l’époque et en refabricant les pièces si nécessaire.

Restrictions de circulation : qui est concerné ?

La carte grise collection est un sésame qui permet de s’affranchir, à Paris, des restrictions qui s’appliquent normalement aux voitures diesel mises en circulation avant 2001 et essence immatriculée avant 1997, du lundi au vendredi, de 8h à 20h. Concernant les autres ZCR (zones à circulation restreinte), elles n’ont, pour le moment, pas mis d’interdictions de circulation permanentes pour les véhicules de transport de personnes. Attention, dans certains endroits (Lyon, Strasbourg), des utilitaires et poids-lourds sont, eux, indésirables, qu’ils soient titulaires d’une carte grise de collection ou pas. En revanche, dans tous les cas de figure, lors d’un pic de pollution, les titulaires d’une carte grise de collection seront considérés comme les autres véhicules dépourvus de vignette Crit’Air.

Obtenir une carte grise de collection

En France, pour disposer du statut « collection », un véhicule doit posséder une carte grise du même nom. Celle-ci est délivrée à condition que le véhicule concerné ait au minimum 30 ans, que sa production ait cessé et que ses caractéristiques n’aient pas été modifiées par rapport à l’origine.

Pour constituer le dossier de demande de carte grise collection, deux attestations sont nécessaires : l’une émise par le constructeur ou son représentant dans l’Hexagone, l’autre par la Fédération française des véhicules d’époque (FFVE). Cette carte grise présente l’avantage de soustraire votre véhicule aux restrictions de circulation des ZCR. Elle permet aussi d’accéder à un contrôle technique allégé et moins fréquent (tous les 5 ans au lieu de 2). Les autos antérieures au 1er janvier 1960 en sont même exemptées. En revanche, une voiture disposant de cette carte grise ne peut plus être utilisée que dans le cadre de loisirs. Pas question, donc, de l’utiliser pour se rendre quotidiennement au travail, ni même de la louer pour un mariage ou le tournage d’un film.

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