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Pour les 100 ans de Citroën, un étonnant convoi de quatre autochenilles des années 1930

Devant l’Automobile Club de France à Paris, quatre voitures construites au début du XXème siècle attendent le top départ. Ce sont des autochenilles, issues d’une technologie développée par un Français et appliquée par Citroën.

L’odeur de l’essence commence à monter au nez et les moteurs font trembler la carrosserie des voitures. Les quatre autochenilles Citroën-Kégresse sont prêtes pour le départ : de l’Automobile Club de France, place de la Concorde, le convoi doit remonter les Champs-Elysées jusqu’à l’Etoile. Les modèles rejoindront ensuite la Ferté-vidame (Eure-et-Loir) pour le centenaire organisé par Citroën. 1919-2019 : l’ingénieur polytechnicien André Citroën a créé la marque de voiture il y a cent ans.

L’occasion pour l’entreprise de rappeler qu’elle a participé à plusieurs avancées technologiques marquantes de l’histoire de l’automobile, comme la chenille, imaginée par l’ingénieur français Adolphe Kégresse. Le brevet a été déposé en 1910 et mis en application plus tard par Citroën. « Cette technique a été inventée pour sortir des chemins et faire du tout-terrain« , explique Laurent Vermot-Desroches, président de l’association spécialisée dans la réparation de véhicules anciens France 40 véhicules. « C’était une technologie complexe et onéreuse qui a maintenant été remplacée par les 4×4« , continue-t-il. 

Le temps des expéditions 

Les quatre voitures présentes ont vécu des aventures dignes de romans. Pour apporter de la visibilité à la marque, André Citroën a lancé de grandes expéditions sur plusieurs continents à bord des autochenilles. Le type P17 a réalisé ce que l’entreprise appelait à l’époque La « Croisière jaune ». Pendant 14 mois, de 1931 à 1932, un convoi de P17 a roulé du Liban à la Chine. « C’était un test pour les hommes et les machines, et une manière de rapprocher les populations« , explique Henri-Jacques Citroën, descendant de la famille.

« La voiture est même passée par l’Himalaya, il a fallu la démonter et la porter pour passer dans certains passages« , raconte-il. Tous les soirs, les aventuriers dressaient un bilan de leur voyage à la radio. « Les Croisières, c’était une vaste opération de publicité« , souligne Laurent Vermot-Desroches.

La Citroën-Kégresse B2 a suivi l’expédition « Croisière noire » en 1924. De l’Algérie à l’Afrique du Sud, des automobilistes traversaient des contrées désertes. « Il y avait des lieux sans pistes, et ils devaient se repérer avec des sextants« , précise Henri-Jacques Citroën, émerveillé. « Le Paris-Dakar est une promenade de santé à côté« , ironise-t-il. L’expédition était dirigée par Georges-Marie Haardt, qui avait emporté son Fox-terrier. L’histoire en a inspiré Hergé pour son personnage de Milou. En tout, quatre expéditions ont été organisées avec la Traversée du Sahara en 1922 et 1923, et la « Croisière blanche » au Canada en 1934.

L’Autochenille Type K1 a un aspect plus civil que les deux premières. « Elle servait plutôt à tirer les avions sur la base aérienne de Villacoublay« , explique le collectionneur et propriétaire Michel Brunet. Construite en 1922, la voiture n’a jamais été armée et a été revendue à un agriculteur de la Somme dans les années 40.

Toutes ces voitures construites dans les années 1920 et 1930 ont été adoptées par l’Armée de terre française pour mécaniser les troupes d’infanteries et d’artillerie. La technologie a ensuite été rachetée par le constructeur américain James Cunningham Son & Co. Ce dernier a conçu le Half Track Car T1, utilisé par l’armée américaine.

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