Essai Bentley Flying Spur V8 : diabolique
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Essai Bentley Flying Spur V8 : diabolique


Avec cette version V8, la Flying Spur illumine les lettres de noblesse que Bentley s’est forgé depuis 100 ans en compétition automobile. Cela sans renoncer évidemment à ses responsabilités de limousine de luxe. On ne va pas parler ici de compromis, mais de parfaite symbiose entre confort et sportivité. Une nouvelle référence est née.

Présentée en fin d’année 2019, la deuxième génération de Flying Spur a alors une lourde responsabilité sur ses épaules. Désormais ce sera elle qui devra représenter tout le savoir-faire de Bentley en matière de luxe. Un nouveau porte étendard, plus moderne, plus léger que la Mulsanne. Et fort d’un W12 de 635 ch, qui l’imposera d’emblée comme l’une des meilleures GT de luxe à quatre portes au monde. Il faudra attendre octobre 2020 pour que la marque de Crewe propose une version animée par un V8 TSI développé par Audi et Porsche. C’est celle-ci que nous essayons aujourd’hui.

Voir aussi : toutes les photos de notre essai de la Bentley Flying Spur V8

Bon à savoir : anticiper l’achat et la revente.

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Réconciliation ?

En 2014, j’avais été un peu déçu par la Mulsanne, aujourd’hui disparue du catalogue. En effet à l’époque, le fleuron de Bentley n’avait pas grand-chose à envier à une Rolls-Royce Phantom, tant le niveau de ses prestations était élevé. Installé à l’arrière, l’habitacle était majestueux. L’insonorisation parfaite. Le confort des fauteuils exceptionnel. Le souvenir du moelleux des coussins placés en guise d’appui-tête reste gravé. Je me rappelle encore des effluves de cuirs et de bois précieux qui embaumaient l’habitacle. Ou encore des cendriers en acier poli taillés dans la masse. Royal !

Oui, mais le tableau n’était pas totalement parfait. Car une fois passé au volant, je tentais de me persuader que la direction excessivement légère était le trait des meilleures limousines de luxe. La déception était plus concrète concernant l’amortissement. Presque trop souple sur voie rapide et clairement bien trop raide en ville pour le pedigree de la belle. Une simple BMW Série 7 offrait un meilleur compromis. Déception. Même si celle-ci était toute relative bien sûr.

Un modèle, deux philosophies. La configuration de notre modèle d’essai est bien moins discrète qu’attendu.

La revanche du B ailé

En 2021, de l’eau est passé sous le Tower Bridge. Au moment de la récupération de ma Flying Spur, un superbe exemplaire « British Racing Green » stationne face à la concession parisienne. Je n’en attendais pas moins. C’est l’une des neuf teintes de vert que Bentley propose au catalogue. Aucune autre configuration n’aura grâce à mes yeux. Pourtant, après quelques signatures de papiers administratifs, un ballet s’organise devant moi. Une Flying Spur W12 quitte le hall d’exposition sur des pattes de velours. Au point que je doive approcher une oreille de l’échappement pour vérifier si le moteur tourne vraiment.

En relevant la tête, c’est la stupeur ! Quelque chose de diabolique apparait du fond de la concession. Ma Flying Spur d’essai arbore un flamboyant « Dragon Red ». Chaque élément habituellement chromé est désormais noir. Un pack carbone souligne l’ensemble. Et cerise sur le gâteau, au bout du capot le « B ailé » sort de son antre, avec ses ailes en cristal illuminées… Une telle configuration sur une Continental GT, je veux bien. Mais sur une élégante Flying Spur, vous êtes sûrs ?

Les températures étant négatives, Bentley a monté des jantes de 21 pouces « seulement », afin de pouvoir monter des pneus neige…

Le meilleur de l’artisanat britannique

Toujours est-il que rien ne permet de distinguer une version W12 d’une V8, si ce n’est quelques badges et un système d’échappement spécifiques. Il n’y a pas à dire, avec 5,316 m de long et 1,978 m de large, la limousine en impose ! Le style évolue en douceur depuis des années et pourtant l’ensemble est ultra-moderne. Et il me tarde de découvrir l’habitacle.

A bord, petite déception. C’est noir ! Décidemment, la configuration « extérieur vert / intérieur beige » qui m’est passée sous le nez me laisse un petit goût amer. Toutefois, il faut avouer que le pack carbone sied parfaitement à notre modèle d’essai. La sellerie cuir matelassé est superbe. Le cuir surpiqué de fil rouge est étendu au moindre élément de mobilier.

On ne peut pas rester de marbre non plus face au système multimédia qui se déploie sur la console centrale (voir notre diaporama photo). Toujours un peu magique. Tout comme pour le bloc ce commandes qui entoure le levier de vitesse. Ça respire la qualité ! Petit regret tout de même de ne pas retrouver le compte-tour inversé, même si Bentley a su marier un élégant style classique au sein du bloc d’instrumentation numérique moderne.

Les Aston Martin Vantage Roadster et Bentley Flying Spur V8 – Emission TURBO du 11/04/2021

L’écran tactile rotatif de 12,3 pouces peut céder sa place à trois superbes cadrans analogiques

La force tranquille

Les premiers kilomètres en ville révèlent un confort exceptionnel en tous points de vue. En mode « Confort », la suspension pneumatique à assiette variable me réconcilie avec Bentley. C’est souple, sans excès. Les passages de rapports sont quant à eux imperceptibles et quel que soit le régime moteur, les 2.330 kg de l’engin sont propulsés sans le moindre effort apparent dès 1.800 tr/min.

L’insonorisation est exemplaire, même si quelques bruits aérodynamiques apparaissent fatalement sur voie rapide. Logique avec une telle face avant. On a déjà vu plus affûté qu’une Flying Spur. Heureusement, celle-ci profite de la meilleure installation Hi-fi qu’il m’ait été donné d’écouter à bord d’un véhicule. Avec 2200W la sono Naim pourrait même couvrir le bruit du passage d’un train ! On préfère néanmoins l’apprécier à son minimum, car on attire déjà assez l’attention comme ça…

Cette Flying Spur fait tourner autant de têtes qu’une Lamborghini Aventador ! Il est vrai que plus les heures passent et plus je m’habitue à cette configuration. Un savant contraste d’extravagance et de sobriété (du coup de crayon). Et finalement, elle sied parfaitement au tentateur mécanique qui gît sous le capot. Rolls arbore un ange ? Chez Bentley ce serait plutôt un démon.

Oublions le majestueux V8 « six ¾ » de la Mulsanne, qui délivrait ses 1.020 Nm de couple dès 1.750 tr/min avant de s’essouffler à seulement 4.500 tr/min. La Flying Spur ne se contente pas de glisser sur l’asphalte, elle est aussi capable de l’arracher littéralement sur simple demande.

La Flying Spur dispose des plus gros disques de frein du marché

Moins puissante mais plus légère

Alors vous me direz, tant qu’à voyager à bord d’une Flying Spur, autant prendre le majestueux W12 – 6.0 litres de 635 ch et 900 Nm de couple maxi ? Eh bien ce n’est pas si simple, car le V8 – 4.0 litres bi-turbo a lui aussi des arguments à faire valoir. En effet, ne le prenez pas pour une simple version d’entrée de gamme. Outre son tarif « avantageux » et sa consommation plus « mesurée », ses qualités pourraient même passer pour des avantages face à son grand frère.

Sur papier déjà, avec quatre cylindres de moins, le bloc est plus compact et surtout plus léger d’une centaine de kilos. Ainsi, la Flying Spur allège son train avant, ce qui profite à la précision et au comportement. Notons aussi que si le W12 chuchote au ralenti, le V8 se montre plus expressif. Eh oui, c’est bien en V8 que la Flying Spur est la plus dynamique !

D’ailleurs, les performances ne sont pas en reste. Avec 550 ch et 770 Nm de couple maxi, elle ne demande que 4,1 secondes pour abattre le 0 à 100 km/h. C’est seulement 3 dixièmes de secondes moins rapide que le W12. Même la vitesse de pointe reste exceptionnelle : 318 km/h (contre 333 km/h pour le W12). Oui, mais en Flying Spur, on fait rarement des drag race…

Avec ce genre de modèle, on s’attend toujours à un temps de réponse à l’accélération. Mais là, il n’en est rien !

Vous avez dit sportive ?

Passage en mode Sport. Pied au plancher, l’accélération est instantanée. Pas la moindre inertie de la part de la boite de vitesses. La réaction est immédiate. Le souffle du V8 parait interminable et la sonorité est très entrainante. En courbe, le comportement est encore plus impressionnant. La transmission intégrale ne tolère aucune déperdition de puissance. Encore une fois, au volant la sensation est totalement inattendue. Mais pas autant que l’agilité avec laquelle la belle anglaise enchaîne les courbes.

L’absence de prise de roulis surprend, l’excellente gestion des transferts de charge épate. Quelle prouesse ! Il faut dire que la Flying Spur partage sa plateforme avec une certaine Porsche Panamera. Elle dispose même du système de quatre roues directrices. Eh oui, ceci explique cela…

Enfin, le V8 bi-turbo dispose d’un système de désactivation des cylindres, permettant de rouler sur quatre pattes sous 3.000 tr/min tant que le pied droit ne demande pas plus de 235 Nm. Imperceptible tant à l’oreille qu’en agrément, puisque la manœuvre ne demande que 20 millisecondes. Mais de quoi réduire la consommation de 17% tout de même.

Ainsi, en cycle WLTP la consommation homologuée de la Flying Spur V8 s’établie à 12,7 l/100 km (et 288 g/km de CO2). L’autonomie annoncée est de 709 km. De quoi répondre brillamment aux attentes des gros rouleurs, sans renoncer aux qualités d’un V8 essence, malgré tout.

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