Au-delà de la simple compétition automobile, le Bab el Raid se distingue comme une aventure humaine et mécanique où la solidarité est érigée en valeur cardinale. Ce rallye solidaire, organisé par Maïenga, la même société à l’origine du Rallye Aïcha des Gazelles, offre une plongée singulière au cœur du Maroc. Loin de la course à la vitesse habituelle, l’événement privilégie la régularité et l’entraide, tout en imposant des règles uniques qui encouragent l’ingéniosité et l’accessibilité. Chaque année, des équipages intrépides relèvent le défi de traverser le désert avec des véhicules inattendus, transformant ce parcours en une véritable exploration des limites et des paysages. L’engagement envers les populations locales, à travers des actions concrètes d’écotourisme et d’action humanitaire, ancre profondément le Bab el Raid dans une démarche de responsabilité sociale, marquant ainsi chaque participant d’une expérience mémorable.
En bref :
- Le Bab el Raid est un rallye solidaire reliant la France au Maroc, centré sur la régularité et non la vitesse.
- Il impose l’utilisation de véhicules à traction ou propulsion, rendant le défi mécanique plus complexe et l’aventure plus accessible.
- Les frais de participation, nettement inférieurs à ceux d’autres rallyes, favorisent l’engagement avec des modèles populaires comme les Peugeot 205 ou Citroën AX.
- La solidarité entre équipages est une valeur fondamentale, particulièrement dans les zones difficiles du désert marocain.
- Le raid intègre une forte dimension d’action humanitaire, avec la distribution de dons et des projets de développement durable comme la plantation d’oliviers et de palmiers en collaboration avec les communautés locales, s’inscrivant dans une démarche d’écotourisme.
- L’organisation, avec une équipe de 66 personnes, assure une assistance complète, tant mécanique que médicale, garantissant la sécurité des participants dans leur exploration.
Bab el Raid : Quand la Régularité Redéfinit le Rallye Automobile au Maroc
Le paysage des rallyes au Maroc est vaste, mais le Bab el Raid se distingue par une philosophie qui le rend unique. Contrairement à de nombreuses compétitions axées sur la performance pure, cet événement, orchestré par la société Maïenga, met la régularité à l’honneur. Il ne s’agit pas d’être le plus rapide, mais de se rapprocher au plus près du temps de référence établi par l’organisation pour chaque étape, une approche qui modifie radicalement la stratégie des équipages. De plus, une condition technique majeure différencie le Bab el Raid : l’interdiction formelle des véhicules à transmission intégrale. Les concurrents s’engagent donc avec des voitures à architecture traction ou propulsion, des choix initialement moins adaptés aux pistes et dunes du désert. Cette contrainte, en place depuis la création du raid en 2016, vise à promouvoir l’accessibilité de l’aventure, permettant à des modèles plus modestes et économiques de prendre part au défi, loin des 4×4 onéreux habituellement privilégiés.
L’aspect financier, souvent un frein majeur à la participation aux grands rallyes, est également repensé. Alors que l’inscription à un événement comme le Rallye des Gazelles peut excéder les 15 000 euros (hors véhicule et carburant), le Bab el Raid propose des frais de participation de 3 600 euros. Ce coût, souvent amorti grâce à des partenariats et sponsors démarchés en amont, ouvre les portes du désert à un éventail plus large de passionnés. Il n’est donc pas rare d’observer sur la ligne de départ de nombreux exemplaires de Peugeot 205, Citroën AX et Saxo ou Renault Supercinq. Ces citadines des décennies passées, reconnues pour leur faible coût d’acquisition et d’entretien, se révèlent étonnamment fiables. Leur mécanique éprouvée et la simplicité de leurs systèmes en font des alliées précieuses, faciles à réparer même au cœur de l’exploration désertique. Ce choix délibéré favorise une véritable plongée dans l’esprit originel du raid, où l’ingéniosité et la résilience priment sur la puissance.

Des Montures Inattendues pour une Aventure Unique
L’aventure du Bab el Raid voit s’aligner une panoplie de véhicules aussi diversifiés qu’ingénieux, illustrant la créativité des équipages face aux contraintes techniques. À côté des classiques populaires, certains duos optent pour des montures véritablement atypiques, ajoutant une touche d’originalité à ce rallye solidaire. C’est le cas de Franck et Jean-Philippe, membres de la team 244, qui ont choisi une Peugeot 406 Coupé blanche, légèrement rehaussée. L’attachement de Franck au design Pininfarina du modèle, combiné à une préparation mécanique héritée d’une précédente participation, rend cette berline coupé étonnamment performante. Malgré un léger désavantage de garde au sol dans les dunes de Merzouga, le couple généreux de son moteur diesel de 136 chevaux lui permet de se sortir des passages les plus délicats, offrant un confort appréciable sur les près de 5 000 km du périple.
L’esprit d’exploration se manifeste aussi à travers les choix de jeunes participants comme Alexandre et Martin, 19 ans chacun (team 379), qui ont modifié une BMW Série 3 E46 de 2001, une propulsion, pour affronter les pistes. Leur solution : d’imposants pneus tout-terrain, exigeant une découpe des passages de roues. D’autres, comme Violaine et Mathieu (team 150) et Marie et Sébastien (team 289), épaulés par leurs amis mécaniciens Cédrick et Linda (team 169) en Peugeot 205, ont jeté leur dévolu sur deux Mini Clubman. Leur expérience, notamment aux Gazelles, leur permet de déjouer les pièges du désert en maîtrisant l’ESP et la pression des pneus, des astuces cruciales pour une plongée réussie dans le sable. Chaque véhicule, qu’il s’agisse d’un monospace familial comme le Kia Carens de Raphaël et Virginie (team 131) ou d’une Opel Meriva, témoigne de la volonté des participants de prouver qu’avec de l’ingéniosité et de la persévérance, l’inattendu peut triompher.
Au Cœur du Désert : Solidarité et Engagement au Bab el Raid
Si le Bab el Raid est une aventure mécanique, c’est avant tout une exploration humaine où la solidarité constitue le moteur principal. Le désert, avec ses pistes caillouteuses et ses « oueds » traîtres – ces lits de rivières asséchés transformés en bancs de sable piégeurs – impose une approche où la vitesse cède le pas à la prudence et à l’entraide. Dès la première étape, il est fréquent de voir des équipages s’enliser, parfois pendant plusieurs heures, dans un oued particulièrement retors. C’est à ce moment que la valeur fondamentale du rallye solidaire prend tout son sens. Les concurrents s’arrêtent, échangent des conseils pour trouver le bon passage, partagent leurs pelles et leurs plaques de désensablement. Plutôt que de viser le meilleur classement à tout prix, une majorité de participants s’arrête systématiquement après un passage difficile pour prêter main-forte aux véhicules bloqués, souvent à la seule force des bras ou grâce à des sangles de remorquage. Cette dynamique collective crée une atmosphère unique, bien loin de l’individualisme parfois associé à la compétition automobile.
L’organisation du Bab el Raid, forte d’une équipe de 66 membres dont une majorité de bénévoles, joue un rôle essentiel dans cette plongée sécurisée au cœur du Maroc. Une assistance mécanique est constamment disponible sur le terrain grâce à un suivi GPS des balises embarquées, et un soutien est également apporté lors des étapes nocturnes en hôtel ou en bivouac. Des infirmiers et médecins suivent le parcours pour garantir la sécurité sanitaire des participants. La régularité et le strict respect du roadbook, distribué chaque matin, sont les piliers de ce défi. Des checkpoints jalonnent le parcours pour valider les étapes, chaque écart étant susceptible d’entraîner des pénalités. En marge de la navigation, les duos sont conviés à des défis ponctuels – quizz de géographie marocaine, courses d’orientation dans les souks de Rissana, dégustations culinaires atypiques – qui non seulement apportent des points supplémentaires, mais enrichissent également l’expérience culturelle des participants.

Un Impact Durable : Le Bab el Raid, un Vecteur d’Action Humanitaire et d’Écotourisme
Au-delà de l’aventure et du défi mécanique, le Bab el Raid s’inscrit résolument dans une démarche d’action humanitaire et d’écotourisme, apportant un soutien concret aux populations locales du Maroc. Chaque équipage, en préparation de cette exploration, a la responsabilité d’acheminer des dons divers : vêtements, matériel médical, jouets. Ces précieuses contributions sont distribuées lors de la « Green Day », une journée de solidarité particulièrement émouvante. Durant cet événement phare, une véritable chaîne humaine se forme, les participants transférant leurs cartons du parking vers le camion de l’association Cœur de Gazelles. Christelle Egreteau, déléguée de l’association, exprime souvent une émotion palpable, témoignant de la générosité grandissante des équipages, comme en témoigne la quantité de fauteuils roulants acheminés cette année par la Peugeot 504 Pick-up de Franck et Cathy (team 210), émerveillant les enfants du village.
Après la distribution des dons, les participants sont invités à partager un couscous géant, préparé avec ferveur par les agriculteurs locaux d’Outtara, renforçant ainsi les liens entre les équipages et la communauté. L’après-midi est dédiée à des actions de développement durable : les agriculteurs guident les équipes vers 37 parcelles de cultures avoisinantes pour la plantation de palmiers. Pour cette neuvième édition, un financement additionnel a permis d’acquérir des oliviers, une nouveauté significative qui diversifie les cultures tout en étant moins gourmands en eau, une ressource précieuse après sept années de sécheresse intense. Les inondations de l’automne dernier ont heureusement permis de recharger les citernes mises en place lors des éditions précédentes, assurant l’irrigation nécessaire à la croissance des plantations. Ces efforts collectifs visent à produire les premiers fruits dans cinq ans, offrant aux équipages une raison de revenir et de constater l’impact durable de leur plongée dans le Bab el Raid, une expérience qui pousse certains à s’engager dès l’année prochaine pour la dixième édition.









