Retour sur l'histoire de la Mercedes 300 SEL 6.8 AMG de 1971 : Limousine de course
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Retour sur l’histoire de la Mercedes 300 SEL 6.8 AMG de 1971 : Limousine de course

Une sage limousine devenue bête de course

N’en déplaise à certains, les jeux vidéo peuvent avoir des effets bénéfiques, et notamment pour la culture automobile. Sans Gran Turismo Sport, je n’aurais ainsi peut être pas connu l’auto qui nous intéresse aujourd’hui : la Mercedes-Benz 300 SEL 6.8 AMG.

Après l’avoir admirée dans le jeu, j’ai commencé à me documenter à son sujet. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette grande auto a une sacrée histoire à raconter ! Retour sur la destinée de la première AMG de l’histoire, et sur une véritable légende des circuits.

Une auto que rien ne prédestinait à la course

Ancêtre de la Classe S actuelle, la Mercedes Série 300 (W108/109 pour les intimes) est née en 1965. Dessinée par l’illustre Paul Bracq, elle se forge rapidement une solide réputation, bien aidée par sa qualité de finition exceptionnelle, et par des prestations globales de haute volée. Mais on ne va pas se leurrer, pas grand chose ne la prédestinait à devenir une bête de circuit. Loin de là.

La Mercedes série W108

Ça, c’était avant qu’un ingénieur maison, Erich Waxenberger, n’ait une idée saugrenue : implanter sous son capot le gros V8 6.3 de l’opulente Mercedes 600, a.k.a la voiture préférée des dirigeants (et dictateurs…) du monde entier. D’abord mené dans la clandestinité, le projet séduisit tellement l’un des pontes de la marque que décision fut prise de produire l’auto en série, à compter de fin 1967.

La Mercedes 600 dans son habitat naturel La première limousine de sport

Baptisée 300 SEL 6.3 (comme la cylindrée de l’auto), la grande Mercedes offrait des performances exceptionnelles pour l’époque, qui plus est pour son écrin grand luxe et son confort (merci les suspensions pneumatiques) : 221 km/h en vitesse de pointe, et 0 à 100 km/h en 7,4 secondes, grâce à sa puissance confortable de 250 ch. De quoi atomiser les coupés sportifs de l’époque comme les Porsche 911 et Jaguar Type-E, et ce en dépit d’un poids pachydermique : 1,8 tonnes !

La Mercedes 300 SEL 6.3 Les débuts sportifs de la 300 SEL 6.3

Ayant décidément de la suite dans les idées, le même Erich Waxenberger a ensuite voulu aligner la 300 SEL 6.3 au départ de courses. C’était sans compter sur les grosses réticences du directoire de Daimler-Benz, encore traumatisé par le dramatique accident qui eut lieu aux 24 Heures du Mans 1955. Pour rappel, une Mercedes 300 SLR s’envola dans le public après un contact avec une autre voiture, l’accident causant la mort de 82 personnes. Un véritable traumatisme pour Mercedes, qui s’était depuis lors retiré de toute compétition automobile.

Résolument obstiné, Erich parvint quand même à engager en 1968 une 300 SEL dans une course lointaine et peu médiatisée en Europe : les 6 Heures de Macao. Et là encore, l’audace paya, puisque l’auto remporta la course, menée par un pilote qui ne nous est pas inconnu : Waxenberger lui même ! Ce ne fut pas toutefois suffisant pour faire changer d’avis Mercedes, qui refusa d’engager officiellement l’auto en compétition.

Une nouvelle fois, Erich dut donc faire preuve d’audace (et disons le clairement d’une pointe de désobéissance), en confiant deux 300 SEL 6.3 à une société indépendante fraichement fondée : AMG. Fondée par deux anciens ingénieurs Mercedes, et ayant pour vocation de « pimenter » les Mercedes de série, AMG aligna donc ces autos au départ de plusieurs courses, avec des fortunes… diverses.

La Mercedes 300 SEL 6.3 AMG en course La consécration aux 24 Heures de Spa 1971

Il faudra attendre 1971 et les 24 Heures de Spa-Francorchamps pour que l’étoile qui orne le capot de la 300 SEL brille. Auparavant, AMG s’est largement penché sur le V8, en portant sa cylindrée à 6.8 litres, et en modifiant de nombreux organes, avec à la clé une puissance d’environ 420 ch, et plus de 600 Nm de couple. La carrosserie n’était pas en reste : outre une teinte rouge pétant, les passages de roues évasés accueillent des jantes 15 pouces, les portières sont en aluminium, et de nombreux accastillages ont été supprimés (dont les boucliers avant et arrière). La suspension pneumatique passe également à la trappe. Le but de cette préparation ? Economiser de précieux kilogrammes sur la balance. Un travail couronné de succès, puisque l’auto n’accuse plus « que » 1.635 kg sur la balance. Et ce même si AMG se paie le luxe de garder les boiseries sur la planche de bord. Voiture de course peut être, mais Mercedes quand même !

Surnommée par le public « Rote Sau » dans la langue de Goethe (Red Pig en anglais, et donc cochon rouge en Français), la 300 SEL 6.8 étonna tout le monde en signant le 5ème temps (sur 60 autos !) aux qualifications, malgré de redoutables (et bien plus légères) concurrentes : Ford Capri RS, BMW 2800 CS, Chevrolet Camaro ou encore Alfa Roméo GTA. Il faut dire qu’avec ses 265 km/h en vitesse de pointe, personne ne peut rivaliser avec elle en ligne droite.

Malgré des conditions de course difficiles (pluie, nombreux abandons…), l’auto accrocha la seconde place au classement général, et même une victoire dans sa catégorie, après 308 tours bouclés sans aucune panne mécanique ! Sacré tour de force, surtout que l’appétit du V8 était dantesque, obligeant les pilotes à faire de nombreux ravitaillements, et que l’auto dévorait ses pneus arrières à vitesse grand V !

L’auto fut ensuite revue aux 2×6 Heures du Paul Ricard, aux 24 Heures du Nürburgring, ou aux 200 miles de Nuremberg (où elle remporta la victoire). En revanche, et même si elle avait participé aux essais préliminaires (où elle accrocha 285 km/h dans les Hunandières !), elle ne prit pas part aux 24 Heures du Mans. L’accident de 1955 était peut être encore un peu trop présent dans les mémoires…

Malheureusement, un changement de règlementation sonna le glas de la 300 SEL 6.8 en compétition, quand la FIA décida d’interdire en course les autos dépassant les cinq litres de cylindrée. La 300 SEL « Red Pig » fut ensuite revendue au conglomérat industriel Français Matra, qui s’en servit pour des essais à haute vitesse de pneumatiques d’avions de chasse. On perd ensuite sa trace, et aujourd’hui il est difficile de dire ce qu’elle est devenue, même si beaucoup pensent qu’elle a été détruite. Il faudra attendre 2006 pour qu’elle revienne à la lumière, lorsque Mercedes-AMG décide de construire une réplique de Red Pig aussi fidèle que possible à l’originale.

La réplique construite par Mercedes à côté d’une SLG AMG GT3

Aujourd’hui rentrée dans la légende des voitures de course, la Mercedes 300 SEL 6.8 AMG a lancé l’officine AMG (aujourd’hui absorbée par Mercedes), et a grandement contribué au retour de la marque Allemande en compétition auto. Sans elle, le succès de Mercedes en F1 n’aurait peut être pas existé…

Sources : automobile-sportive.com et site presse Mercedes BE.

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