Le monde de l’automobile assiste à une réévaluation stratégique majeure de la part d’un de ses acteurs phares, Stellantis. Alors que l’impulsion vers le tout électrique semblait irréversible, la marque au Scorpion, Abarth, fer de lance de cette transition énergétique, se trouve contrainte d’opérer un virage inattendu. Les performances commerciales de ses modèles 100 % électriques, notamment l’Abarth 500e et l’Abarth 600e, n’ont pas rencontré le succès escompté, poussant l’entreprise à reconsidérer sa trajectoire. Ce revirement stratégique soulève des questions fondamentales sur l’adoption de la voiture électrique dans certains segments et met en lumière les défis inhérents à la mobilité durable. L’industrie automobile, en constante mutation, doit s’adapter aux réalités du marché, et Abarth semble prête à explorer de nouvelles voies pour assurer sa survie et son développement, potentiellement en se tournant vers l’hybridation pour ses futures sportives.
En bref :
L’ambition d’Abarth de devenir une marque automobile 100 % électrique s’est heurtée à une réalité commerciale difficile, avec des ventes bien en deçà des attentes.
Lancée en février 2023 avec la 500 sportive sur prise, puis complétée par le SUV 600e un an plus tard, cette approche de véhicule zéro émission visait à positionner Abarth comme un pionnier au sein de Stellantis.
Face à des chiffres de ventes non communiqués et, selon des sources internes, très faibles, la survie de la marque pourrait dépendre d’un retour aux motorisations thermiques hybridées, notamment avec un potentiel modèle d’entrée de gamme basé sur la Fiat Grande Panda.
Le projet d’une Abarth Panda hybride serait en discussion, privilégiant une motorisation hybride sur la plateforme STLA Smart, moins adaptée à la puissante motorisation électrique de 280 ch.
L’avenir des Abarth 500 et 600 pourrait également s’orienter vers l’hybridation, avec des pistes autour d’un moteur 1.2 turbo et une boîte e-DCT6, malgré les défis liés au malus écologique et les démentis officiels.
La transition électrique d’Abarth : un pari non gagnant pour Stellantis ?
Le constructeur Stellantis avait clairement affiché ses ambitions en matière de transition énergétique, plaçant Abarth en première ligne de cette stratégie audacieuse. Dès février 2023, la 500 sportive électrique marquait un tournant, rapidement suivie par le SUV 600e en février 2024. Cette démarche positionnait Abarth comme une pionnière, la toute première marque du groupe à s’engager résolument vers le tout électrique. La 600e, forte de ses 280 chevaux, s’affirmait même comme l’Abarth de série la plus puissante jamais produite, incarnant une promesse de performance au service de la mobilité durable. Ce choix semblait logique, épousant parfaitement la tendance de fond de l’industrie automobile vers le véhicule zéro émission. Cependant, l’enthousiasme du marché n’a pas suivi la même courbe que la puissance développée par ces modèles. Les chiffres de vente, traditionnellement un indicateur de succès, sont devenus un sujet de silence pour la marque automobile au Scorpion, signalant une divergence notable entre l’innovation automobile proposée et l’accueil du public.

Quand les ventes électriques d’Abarth s’effondrent
Le constat est sans appel : la clientèle n’a pas répondu à l’appel de l’Abarth 100 % électrique avec l’ardeur escomptée. L’absence de communication des chiffres de vente par la marque elle-même est un indice fort d’une situation délicate. Des sources crédibles évoquent des volumes de ventes alarmants : en 2024, Abarth n’aurait écoulé que 7 325 véhicules en Europe, marquant une baisse de 7 % par rapport à l’année précédente. Le marché japonais n’a pas été plus clément, avec seulement 1 823 unités. Plus préoccupant encore, sur son marché national italien, Abarth n’aurait immatriculé que 264 véhicules l’an dernier, un chiffre famélique qui se décompose en 160 exemplaires de l’Abarth 500e et 104 unités de l’Abarth 600e. Pour mettre cela en perspective, en 2020, la marque automobile vendait encore près de 3 000 voitures annuellement en Italie. Cette chute drastique contraste fortement avec les espoirs placés dans le véhicule zéro émission. Une telle performance commerciale exige une réévaluation profonde de la stratégie de la marque, car sa survie dépend désormais de sa capacité à s’adapter et à innover différemment. Le rêve d’une innovation automobile purement électrique se heurte ici à la dure réalité économique.
L’hybridation à la rescousse : une nouvelle direction pour Abarth ?
Face à ces difficultés, une solution se dessine avec clarté : un retour partiel aux cylindres et aux pistons, mais cette fois-ci, sous l’égide de l’hybridation. L’idée d’une Abarth Panda, basée sur la Fiat Grande Panda, gagne du terrain. Nous avions déjà abordé ce projet en décembre dernier, et une maquette aboutie aurait même été présentée à la direction de Stellantis. Plutôt que d’opter pour la motorisation électrique M4 de 280 ch, déjà présente sur l’Abarth 600e, l’Alfa Romeo Junior Veloce, et attendue sur des modèles comme la Peugeot E-208 GTI ou la Lancia Ypsilon HF, les sources proches du dossier à Turin privilégieraient une motorisation thermique hybridée. Pourquoi cette orientation ? D’une part, la plateforme technique STLA Smart, partagée par la Fiat Grande Panda et la Citroën C3 (dont la e-Berlingo électrique utilise une base similaire pour les véhicules utilitaires), n’a pas été conçue pour supporter une telle cavalerie. Les véhicules électriques du groupe équipés de 280 ch reposent sur la plateforme e-CMP, plus robuste. D’autre part, et c’est un point crucial, le marché a montré que l’électrique pur n’est plus aussi porteur pour Abarth, incitant à ce revirement stratégique. Cette approche hybride pourrait représenter une voie plus réaliste pour la marque automobile afin de s’aligner avec les attentes des consommateurs tout en maintenant une forme de mobilité durable.

Quels moteurs pour les Abarth 500 et 600 de demain ?
Le marché impose ses lois, et la Fiat 500 électrique a déjà dû se plier à la réalité en adoptant une motorisation micro-hybridée. Un moteur essence 3 cylindres 1.0 litre Firefly atmosphérique de 65 ch et 92 Nm de couple, assisté par un alterno-démarreur 12V, fait le travail en milieu urbain, mais ses performances limitent son usage au-delà. Il est évident que cette mécanique anémique ne saurait convenir à une Abarth 500 sportive. La base la plus crédible pour les futures Abarth hybrides serait celle du moteur 1.2 turbo, associé à la boîte de vitesses automatique à double embrayage e-DCT6. Cette configuration hybride offrirait un compromis entre performance et efficience, crucial dans la transition énergétique actuelle. Cependant, un paradoxe subsiste : interrogés sur le sujet, les ingénieurs de Fiat/Abarth ont catégoriquement démenti tout développement de futures sportives thermiques, craignant l’impact du malus écologique. Alors, entre les besoins du marché et les déclarations officielles, où se situe la vérité ? L’avenir de l’industrie automobile est rarement linéaire. Il est probable qu’Antonio Filosa, le grand patron de Stellantis, apportera des éclaircissements lors de l’annonce de son plan stratégique le 21 mai prochain, un événement très attendu par toute l’industrie automobile qui suit de près cette innovation automobile. Ce dossier reste à suivre de près, car il pourrait redéfinir la place d’Abarth dans l’univers de la voiture électrique et hybride.








