emploi et économie

Les autoroutes vont-elles être vraiment limitées à 110 km/h ?


Alors que les nationales à 80 km/h ont encore du mal à être acceptées, la Convention Citoyenne pour le Climat vient de faire une proposition choc : passer les autoroutes à 110 km/h. Mais l’entrée en vigueur de cette mesure demeure heureusement très incertaine.

La limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires s’apprête à fêter ses deux ans, et rares sont les candidats pour souffler les deux bougies. Cette mesure continue à rester impopulaire aujourd’hui, et quelques départements sont d’ailleurs revenus en partie en arrière, même si le gouvernement a tout fait pour les en décourager. Cela n’empêche pas la Convention Citoyenne pour le Climat, qui réunit 150 membres tirés au sort censés représenter la « diversité française », de faire une nouvelle proposition très controversée. Elle suggère en effet de diminuer la vitesse sur autoroute de 130 à 110 km/h, afin de réduire cette fois les émissions de CO2 plutôt que les accidents de la route.

Des effets limités

Le raisonnement n’est pas totalement dépourvu de sens. Oui, même s’il existe des exceptions, la plupart des voitures consomment effectivement moins à 110 qu’à 130 km/h. Mais le réseau autoroutier, pénalisé par ses péages, ne représente déjà qu’une petite partie du trafic en France, donc une faible proportion des émissions de CO2 engendrées par les véhicules particuliers. De plus, il perdrait ici l’une de ses raisons d’être : faire gagner du temps. De quoi reporter nombre d’automobilistes sur les nationales et départementales où la vitesse est certes encore plus faible, hormis sur les voies rapides, mais où les accélérations et freinages sont aussi bien plus nombreux, ce qui contribue à augmenter fortement la consommation. Sans parler des nuisances pour les villes traversées et de la perte de sécurité qu’un tel changement engendrerait, puisque les autoroutes demeurent moins accidentogènes que les autres types de routes.

Vers un référendum sur le sujet ?

Le précédent des 80 km/h ne plaide pas non plus en faveur d’une telle mesure, qui serait assurément encore mal acceptée par très nombreux français. L’association 40 Million d’Automobilistes se targue d’ailleurs d’avoir déjà réuni 400 000 signatures pour la pétition qu’elle a mis en ligne contre cet abaissement de la vitesse. Même s’ils demeurent le fait d’une minorité, les dégradations de radars pendant la crise des gilets jaunes étaient aussi représentatives d’un certain « ras le bol ». Malgré les propos de la ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, qui s’est montrée en faveur de ces 110 km/h sur autoroute, il semble donc peu probable de voir le gouvernement s’engager dans cette voie risquée. L’hypothèse de soumettre cette proposition à un référendum a toutefois été évoquée par le Secrétaire d’Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari.

D’autres mesures liberticides proposées

Mais on peut tout de même regretter qu’une convention citoyenne se révèle encore plus friande de proposition liberticides que les hommes politiques eux-mêmes. L’un de ses membres va même jusqu’à réclamer une interdiction des véhicules de collection, considérés comme des « armes contre la planète », alors que d’autres préconisent un durcissement encore plus drastique du malus, déjà devenu bien plus sévère depuis le début de l’année. Si l’automobile doit évidemment apporter sa contribution à la lutte contre le réchauffement climatique, rappelons qu’elle fait déjà des efforts aujourd’hui, sous la contrainte notamment des normes européennes, et ne représente guère plus de 15 % des émissions de gaz à effet de serre en France : gare, donc, à ne pas la rendre responsable de tous les maux.

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Publié le 22/06/2020 Mis à jour le 22/06/2020

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